Les carabossés

Sans titre

7.12.18



Cette histoire, elle n’a pas de titre, elle n’a pas de héros. C’est une histoire à la con comme on en trouve dans les journaux. De ces histoires qui filent la nausée mais qu’on n’arrive pas à dégueuler. Parce que le cœur est trop gros et qu’il finirait par exploser. Qu’on ne remarque pas ou peut-être trop. Comme si elle était là par défaut. Ailleurs, sans doute. Une histoire qui emprunte des chemins de traverse pour contourner les débris de vers qui éclatent à la gueule, qui détourne les yeux pour ne plus voir ses états de choc qui cognent à l’intérieur. Un peu comme si le ciel électrique éclatait de rire au moment le plus vain et dessinait des ombres chinoises, en attendant demain. Parce que demain est une autre jour et qu’il finira comme d’autres jours par s’accrocher à son rêve de trop qui se répand à l’encre noire pour s’enivrer de mots. Une histoire qui saute de feuille en feuille dans l’ombre du marronnier pour que la nuit dégringole des branches et que le soleil pointe son nez.  

Les carabossés

Danse !

30.11.18



Danse ! Danse le soleil et la lune, en tirant sur le fil emmêlé de tes doigts. La face collée au vent ébouriffe tes pieds. La folie d’un pantin articule tes pas. Danse ! Danse ! Et brimbale tes bras et tes jambes en cadence de ton corps qui chaloupe, de ton cœur qui chavire et ton âme qui flanche. Danse… Danse ! Ne t’arrête pas ! Un jour, la vie s’arrêtera.

Les carabossés

Tomber

23.11.18



Quand on regarde l’écran, y a un truc qui tombe au fond des yeux. Quelque chose qui ne se voit pas, un éclat de rien qui file au fond des choses, un rêve à peine lisible inscrit dans le sable et qui s’efface aussitôt. Comme une lettre attendue mais qu’on n’ouvre jamais ou qu’on a perdu en trompe-l’œil, entre deux souvenirs qui filent entre les doigts. Quelque chose qui fait tenir. Un rêve qui se dépose quelque part en attendant de mourir. Un rêve qui tombe dans le regard et finit par se perdre sur l’écran noir de la vie.

Les carabossés

Bodaine

17.11.18



Elles gloussaient, les poulettes, au sommet de ton cœur, lorsque tu ramassais un peu de chaleur au creux de tes mains. Tu semais des brins de paille sur ton chemin, chaque fois que tes cheveux se mêlaient d‘or et de plumes. Tu tenais tout ton amour à pleines mains pour remplir le panier d’osier, tressé, dans tes yeux de gamine. Puis quand venait l’heure, tu t’en allais sur le sentier, fouler les grains de soleil qui tombaient du berceau presque blanc de la lune.

Les carabossés

L'attente

12.11.18



Au coin de la rue, tu attendais… Tu attendais qu’un courant d’air souffle dans ta tête, si fort, que toutes tes idées s’envoleraient de ta bouche pour se poser sur le papier. Tu attendais un coup de vent, pour balayer les feuilles qui tombent dans ta vie, pour faire danser les mots qui tremblent entre les branches. Tu attendais un rayon de soleil, pour faire mûrir le silence, pour qu’il te porte plus loin que tous les bruits perdus dans les couloirs du métro. Tu attendais… Et puis le bus est arrivé.

Les carabossés

Ivresse

4.11.18



La vie, elle te rend ivre d’encre ! Elle te porte. Elle t’entraîne sur la pente de ton histoire. Elle s’écrit. Elle se creuse sur la ligne de ton cœur aux jours les plus noirs. Elle tombe, vaincue, sous le regard de la lune, de ses mains chargées d’étoiles, entre un jardin de cristal et un ciel de marbre.

Les carabossés

Le mot sous le sofa

29.10.18



Peut-être qu’il était là, le mot coincé sous le sofa... Ce mot roulé en boule qu’on a planqué dans son cœur les jours de grève. Peut-être le mot de la fin… Celui qu’on a sur le bout de la langue. Avalé ! Le mot perché que l’on trimbale au bout d’une rime et qui secoue les poils ébouriffés de sa plume. Le voilà ! Il court sur la page en claquant des semelles, en secouant ses ailes sur le pavé. Ah ! Mais c’est qu’il met l’Ô à la bouche, un rayon de soleil au ventre, à se lécher les babines dès qu’il se met à ronronner. Et voilà qu’il cavale dans le blanc des yeux d’une histoire sans fin. Il finira bien par tomber tout cuit avant le point. Peut-être que c’est un mot d’amour à faire fondre la nuit, un mot qui bricole un sourire dans ses moustaches, les jours de pluie. Un de ces mots qui sème un essaim d’étoiles qui butine le cœur et orbite en pagaille au-dessus de ta tête. Un mot rempli d’amour et de paillettes qui pianote des notes jetées dans le courant vertigineux de l’histoire. Disparu ! Envolé ! La fin est arrivée avant qu’on le rattrape.

Les carabossés

Zapping

25.10.18



Dans le zapping de la vie, le vide est à portée du regard. Les bribes du néant nous sautent à la face. C’est comme si on tentait de se raccorder aux fracas du monde par piquouzes de pubs injectées entre une catastrophe et une médaille, l’horreur et les honneurs, la médiocrité et l’excellence… en confusion de rires et de larmes, de cris, de sang, de sueur. On finit par se perdre dans la grande cacophonie télé-programmée. Le monde se décompose à l’écran comme un fruit pourri qu’il faut digérer. Et on finit par en rire. On rit pour ne pas pleurer.

Les carabossés

Elle balance !

21.10.18



Elle, elle balance tout. Elle balance la lumière et l’ombre qui va avec. Elle balance la chamade tricotée de mots et tout ce qui sort par l'emmanchure de son stylo. Elle balance les virgules accrochées à ses cils, les points de suspension qui se débinent, les deux points qui apostrophent les longs discours… les mots d’amour, les mots pour rire, parfois les gros, des fois les doux, parfois le premier, jamais le dernier… les parenthèses, surtout. Celles qu’on ne remarque pas et tous les mots qui ne comptent pas, que l’on conserve malgré tout, au cas où. Des mots de minuit et tous les mots qui passent dans sa vie. Elle balance l’encre versée pour rien. Toutes les ratures et les mots effacés d’une histoire, les mots secrets d’une phrase qu’on oublie dans un coin. Les mots que personne ne regarde, les mots qu’on planque dans les tiroirs, les mots que nul ne retient. Elle balance des mots, comme on balance ses rêves par la fenêtre. Elle balance le trop plein. Les mots qui débordent et finissent par tomber de ses mains.

Les carabossés

Fouteur de rêves

17.10.18



Il faudrait être fou. Fou à lier. Être un fouteur de rêves qui bricole des étoiles entre les lignes, chaque fois qu’une larme se pend au bout d’une strophe et qu’elle nous blesse par accident. Une herbe folle qui délie sa folie à l’eau douce du temps. Être un fouteur de soleil qui flanque les nuages à la porte du ciel et balance dans le ressac, des bourrasques de rires à contre vent.

Poésie

Tu seras un homme, mon fils - (If) - Rudyard Kipling

15.10.18

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaitre,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n’être qu’un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
Tu seras un homme, mon fils.

Poésie

Pense à autrui - Mahmoud Darwich

11.10.18



En préparant ton petit-déjeuner,
Pense à autrui
N’oublie pas la part des colombes !

En menant tes guerres,
Pense à autrui
N’oublie pas ceux qui n’aspirent qu’à la paix !

En réglant ta facture d’eau,
Pense à autrui
Et n’oublie pas ceux qui s’allaitent des nuages !

En rentrant à la maison, ta maison,
Pense à autrui
N’oublie pas le peuple des tentes !

Quand tu t’endors et que tu comptes les astres,
Pense à autrui
À ceux qui n’ont pas trouvé la paix du sommeil !

En te libérant la conscience avec des métaphores,
Pense à autrui
À ceux qui ont perdu le droit à la parole !

Quand tu penses aux autres, si lointains,
Pense à toi
Et dis-toi : Ah ! Si j’étais une bougie dans l’obscurité !

À découvrir

Le blog Carnets de flottaison de Clément G. Second

2.10.18

Cap sur le blog Carnet de flottaison de Clément G. Second 
qui vient d’être lancé sur la toile !



Au gré de votre navigation, le Capitaine vous guidera de la cale jusqu’au pont, dans les sillons de mots et de sonorités qu’il a pêché depuis son adolescence. De poèmes en nouvelles, de notes en citations, d’ouvrages édités ou à paraître, en attente ou en cours d’édition, entre perles et coquillages, le blog Carnets de flottaison foisonne déjà de nombreuses richesses que le poète nous propose de découvrir à travers 83 premiers textes poétiques, liens et partages à explorer... et tous ceux à venir !

Alors, levez l'ancre et hissez la grand voile...
Le voyage ne fait que commencer !

Les carabossés

Court-circuit

27.9.18



Tu cours… Tu cours après les gens, tu cours après l’argent. Tu cours… Y a plus rien à perdre. Plus rien à attendre. Tu cours… Et tes pieds s’emmêlent, dans un champ de rires, et tes rires s’entortillent, jusqu’à tes semelles. Tu cours… tu cours… Tu cours après le temps, tu cours après le vent. Tu cours… Après tout ce qui court. Même ton souffle court ! Et tu cours vers l’avant et tu avances en reculant. Tu cours… tu cours Ah ! C’est ce que tu crois. Tu cours… Mais tu n’avances pas !

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“ POÉSIE BUISSONNIÈRE...




...POUR LECTEURS DISSIP
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